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Quatre pieds atterrirent sur l'herbe mouillée sans plus de bruit que le sifflement sourd du vent entre chaque brindille. Sue se retourna légèrement, encore sous le choc de ce saut insensé contemplant de ses yeux ahuris, la chambre d'hôpital perchée au cinquième étage dont la fenêtre encore ouverte l'assurait qu'elle n'avait pas rêvé. Comment cela était-il possible ? Se jeter de si haut et se poser avec douceur, plusieurs mètres plus bas comme s'il n'avait s'agit que d'un pas comme un autre. Si la faible blouse, perméable à la morsure du froid n'était pas son seul vêtement, elle eut certainement douté de n'avoir jamais été là haut. Alors, elle aurait pu se dire que c'était encore un de ces rêves étranges, une hallucination due à la fatigue. Mais la petite main moite de l'enfant aux yeux couleur de lune, la tirant vers un inconnu effrayant, vint détruire ses espoirs lui rappelant la dure réalité de ses instants où se mêlaient féerie et invraisemblance. Il ne lui laissa pas le temps de rassembler sa raison, de comprendre pourquoi elle déambulait nue sous une blouse plus légère que la soie, ses pieds sans chaussures foulant hâtivement le macadam givré des rues de la ville. Dans leur course effrénée, Sue ne remarqua pas le chemin emprunté. Où allaient-ils ? Elle n'aurait pu le dire tout comme il lui était impossible de comprendre pourquoi elle suivait cet étranger qui, depuis leur rencontre, ne lui avait jamais adressé la parole. Elle ne savait ni son identité, ni ce qu'il lui voulait et s'étonna d'ailleurs de ne pas s'être posé la question quand là-haut, dans sa chambre, elle pouvait encore décider du cour des évènements. Soudain, leur fuite s'arrêta. Comme s'éveillant d'un long sommeil, elle prit connaissance du lieu où elle se trouvait. Il n'y avait ni gratte-ciel, ni maison, ni voiture, que des champs en friche à perte de vue. Le garçon l'avait menée à une sorte de carrefour d'où s'élançaient trois voix dont elle ne connaissait la destination. Ne reconnaissant pas les lieux elle voulu demander au petit pourquoi ils étaient là et ce qu'il fallait faire maintenant mais lorsqu'elle tourna la tête en sa direction elle ne vit rien et remarqua que sa main ne tenait plus celle de son guide. Elle se tourna de toute part mais ne rencontre que le néant. Un profond sentiment d'abandon s'empara de son cœur et l'angoisse grandissante la fit frissonner. Elle était seule, perdue au milieu de nulle part, sans manteau pour la protéger du froid. Puis, Sue céda à la colère. Quel imbécile ce sale mioche, il s'était bien payé sa tête. Et elle, qu'est-ce qui lui avait pris de le suivre ? Elle était bien avancée maintenant et comment rentrer ? Peut-être qu'en reprenant la rue par laquelle elle avait débouché ici elle retournerait à la ville , Mais, alors qu'elle commença à rebrousser chemin, elle vit la rue s'effacer sous ses yeux ne laissant place qu'à un autre champ sans fin. Son cœur accéléra sa cadence à mesure que l'effroi gagnait en intensité. Mais, il lui restait encore assez de raison pour tenter de fuir. Sue se dirigea alors vers la seconde voix et à peine s'y engagea-t-elle que celle-ci disparut à son tour. Elle courut alors à la troisième qui ne l'attendit pas pour s'évaporer au milieu des herbes hautes. Sue se retrouva prise au piège, entourée de champs que la nuit sans lune rendait plus menaçants encore. Ses yeux paniqués brassaient l'horizon à la recherche d'un éventuel échappatoire. Son esprit terrorisé se refusait à admettre l'évidence de la situation. Sa vie ne pouvait pas se terminer là, elle devait s'en sortir. Alors, guidé par un désir brûlant de vivre, elle s'élança à corps perdu à travers champs. Elle devait vivre et cette seule et unique volonté la poussait toujours plus loin, malgré les cailloux pointus qui lui déchiraient la plante des pieds, malgré les hautes tiges de maïs mortes, lui lacérant les cuisses et les bras, malgré les larmes barrant sa vue. Elle fuyait vers l'infini, les yeux braqués sur un horizon immuable, espérant toujours voir se dresser devant elle la silhouette de quelques bâtiments témoins d'une présence humaine. Enfin, après ce qui lui sembla une éternité, le paysage au loin s'éclaircit, marquant la fin de son enfer. Le cœur lourd de joie elle pressa le pas impatiente de ce sortir de là. Vers la fin les buissons étaient si hauts qu'elle ne voyait à peine plus loin que le bout de son nez mais elle avança avec le même courage et elle cru exploser de bonheur quand enfin son corps se libéra de cette végétation sauvage et hostile. Sue pris un instant pour reprendre son souffle et reposer ses membres meurtris puis leva la tête pour voir où sa course l'avait menée. C'est alors qu'elle constata avec effroi qu'elle était revenue à son point de départ, le carrefour à trois voix au milieu des herbes hautes. Le choc fut si fort qu'elle ne put contenir le désespoir en son cœur et les larmes jaillirent drues et abondantes. Dans un cri bestial, elle s'effondra au sol, épuisée et résignée à périr ici. Le chant des oiseaux dehors, l'éveilla lentement. Le froid glacial avait laissé place à une douce chaleur. Sue sentit contre son corps le poids de ce qui devait être une grosse couverture. Sous elle un matelas moelleux s'affaissait à chacun de ses mouvements. Elle était bien, ses bras et jambes ne la faisaient plus souffrir. Un parfum de pain grillé vint titiller ses narines et, comme pour y faire échos, son ventre se mit à gargouiller bruyamment. Depuis combien de temps n'avait-elle pas mangé ? La faim l'harcela jusqu'à ce qu'elle se résolve à se lever. De peur de découvrir dans quel lieu elle se trouvait, elle ouvrit les yeux le plus lentement possible. Mais, c'est avec soulagement qu'ils se posèrent sur la grosse armoire en chêne de sa chambre. Elle se leva et sortit de son lit avec une joie qu'elle ne pensait pas éprouver un jour. Elle était chez elle, vivante, sans la moindre trace de blessure. Elle regarda l'heure sur son réveil matin, 6h30, juste le temps de se préparer pour aller à la fac. Sue fit sa toilette rapidement, s'habilla et prépara son sac avant de descendre prendre son petit déjeuner. Dans la cuisine elle rencontra son père attablé devant un bol de café. La voyant ainsi préparée, ce dernier sembla quelque peu surpris. _ " Où tu vas comme ça ? " Questionna avec un étonnement visible. Sue fut déconcertée par sa question mais ne chercha pas plus loin avant de répondre. _ " Bah à la fac ! " Alors celui-ci éclata de rire et ajouta : _ " En plein mois d'août ? Tu perds les pédales ma fille ! Aller, vas te coucher, profites donc de tes vacances. " _ Que… Comment ? Elle ne put rien dire de plus. Son père devait se jouer d'elle. Il était tout bonnement impossible qu'ils soient en août alors que la veille encore elle révisait pour ses examens scolaires de Janvier. Elle se dirigea alors vers le petit salon et ramassa sur la table basse le programme télé que sa mère ne manquait Jamais d'acheter, et lut sur la couverture " semaine du 8 au 14 août ". Ceci la figea sur place, le magazine glissa de ses mains crispées et tomba au sol. Dans la salle du grand Pope, Saori faisait les cent pas. Devant elle se tenait les quatre chevaliers divins et Tatsumi. Elle ne savait quoi faire, quoi dire et les autres n'étaient pas plus bavards. Pour le première fois de sa vie, Athéna se sentait impuissante, incapable de remplir son rôle de protectrice de la Terre et le fait qu'ils soient en sous effectif n'arrangeait pas la situation. Cela faisait huit mois qu'ils tentaient de lutter contre un ennemi invisible. Des vagues d'attentats avaient frappé les trois quart de la planète, décimant des cités entière en quelques heures à peine. Jamais, les chevaliers n'avaient pu intervenir à temps. Chaque fois ils étaient arrivés après le massacre et avait découvert toujours le même spectacle affligeant : cratères béants, maisons brûlées, végétation détruite, des corps calcinés parsemés partout dans les rues. Des vingt-cinq villes touchées on avait retrouvé que six survivants qui avaient tous perdus la raison. Peu d'informations avaient pu être rassemblées sur le responsable de ces crimes. La seule certitude c'était qu'il ne s'agissait pas de leurs anciens ennemis. D'ailleurs, le sanctuaire avait reçu la nouvelle de la venue des guerriers divins, marinas et soldats d'Hadès pour leur prêter main forte. Mais cette si appréciable aide n'était d'aucune utilité tant que l'agresseur restait inconnu. Elle avait beau chercher elle ne parvenait à sentir la présence d'aucune divinité pourtant cela ne pouvait être l'œuvre de simples humains. Le désespoir et la confusion se lisaient sur tous les visages. Sans oublier que l'état d'esprit actuel des chevaliers ne leur permettait pas de se battre au mieux de leur capacité. En effet, ils ne s'étaient toujours pas remis de la mort de Seiya, c'étaient comme s'ils étaient amputés d'un bras. Ils se battaient mais ne croyaient plus en leur chance de victoire. Et, le flou dans lequel ils se trouvaient ne faisait qu'aggraver leur morosité. Saori, se devait de re-motiver les troupes et espérait que l'arrivée des autres guerriers redonnerait courage à ses chevaliers. |