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Il avait fallut six mois de dur labeur pour reconstruire le sanctuaire. Six mois pendant les quels son esprit avait été assez heureux de se concentrer sur les menus détails du chantier pour ne pas se rappeler ses douleurs. Maintenant tout était fini. Elle regardait les ouvriers emporter les dernières machines, laissant derrière eux plusieurs maisons parfaitement alignées mais vides. Qu'allait-elle faire ? Il n'y avait plus de tournées à faire, plus de contremaître à consulter, plus de plans à modifier encore et encore. Plus rien que son corps, debout devant le palais du grand Pope et le silence. Devant elle des milliers de marches, creusées à même la roche, serpentaient en zigzague entre les douze maisons. De là haut, elle pouvait voir chacune des maisons s'élevant du sol, comme des champignons dont les racines se perdaient quelque part sous terre. Elle se rappela alors sa première venue, quand tout en bas des marches elle avait sentit la pointe fine de la flèche dorée lui percer la poitrine. Elle se revoyait allongée sur le sol poussiéreux, et tout lui revint en tête. L'odeur âcre du sang s'échappant de son sein, les voix angoissées de Tatsumi et des autres chevaliers restés à ses côtés, les couleurs chatoyantes de leurs armures et le ciel sans nuage au milieu duquel trônait un soleil aveuglant. Il n'avait pas plut ce jour là et la poussière, soulevée par une légère brise, obstruait les yeux et les narines, le manque d'humidité asséchant les gorges. Dans son agonie, elle pouvait entendre de loin en loin les cris de douleurs de ses chevaliers, les sons d'explosions des différentes attaques portées. Et, ces bruits, témoins de sanglants combats, se répercutaient en elle plus douloureux que le métal jaune s'enfonçant un peux plus chaque heure. Au bord de la mort, elle s'était sentit plus vivante qu'aujourd'hui. Toutes ces bâtisses de marbre, vibraient du cosmos de leur occupant. Maintenant ce n'était plus rien que des amoncellements de pierres blanches, dénuées de vie. Le plus dur était le silence, lourd et pesant, qui s'était installé sur le camp. Au loin, s'élevaient les arènes d'entraînement fraîchement refaites mais qui ne voyaient jamais venir de jeunes élèves. Sur la gauche, le camp des soldats et des chevaliers de bas niveaux, avec ses nombreuses petites maisons, aux murs recouverts de chaux pour repousser les agressions du soleil, ordonnées en damier n'abritait presque plus personnes. Le sanctuaire semblait endormi, baignant dans une indifférente quiétude, comme si leurs nombreuses guerres n'avaient fait que lui glisser dessus sans laisser la moindre trace. Et, elle était là, seule, au milieu de ce spectacle qui niait le passé, incertaine qu'il n'ait jamais existé. Elle doutait même qu'elle eut été un jour Athéna, déesse de la guerre, de la justice, victorieuse des forces du mal. Il y avait pourtant les souvenirs et les cicatrices prouvaient qu'elle n'avait pas rêvé. Derrière elle, des bruits de pas résonnèrent dans l'immense hall du palais, mais elle ne se retourna pas. _ Tout est si calme ! Dit-elle, s'adressant à personne en particulier. _ C'est étrange, j'ai l'impression de voir le sanctuaire pour la première fois ! Les douze maisons ont l'air si petites ! Continua-t-elle, se tournant cette fois vers les nouveaux arrivants. Hyoga, Shiryu, Shun et Ikki, étaient alignés derrière elle, les yeux perdus dans le lointain. Leurs visages exprimaient tous les même sentiments, fatigue, tristesse et cette atroce solitude. Ils restèrent silencieux un long moment, chacun repensant à tous ceux de leurs amis morts pour qu'aujourd'hui le sanctuaire et le reste du monde jouissent enfin du bonheur d'être en paix. Ils auraient dû se réjouir, n'étaient-ils pas parvenus au bout de leur rêve ? N'avaient-ils pas libéré la planète de l'emprise du mal ? Mais aujourd'hui qu'Hadès était mort il ne leur restait que le vide et l'absence des leurs. La victoire avait un goût bien amer. Son regard se posa sur chacun des quatre hommes, elle pouvait lire la peine en leur cœur, la colère qu'ils ressentaient contre l'injustice qui voulu la mort de Seiya. Ils avaient été cinq voix pour un même œil pendant tout ce temps et, aujourd'hui que Pégase n'était plus, c'était comme si une part d'eux même s'était consumée. Etre là, en pleine santé, libre d'entamer une nouvelle vie était devenu intolérable à quatre, il aurai fallu être cinq. Elle même n'arrivait plus à exister, elle subissait la vie comme une punition imméritée. Surtout, la culpabilité la rongeait de l'intérieur. Cette honte de savoir qu'elle aurait préféré voir mourir l'un de ces quatre là plutôt que lui, plutôt que son Seiya, celui dans les yeux de qui elle s'était toujours vue comme la grande Athéna. Avec sa mort, était partie la seule personne à lui prouver qu'elle était bien cette déesse, le seul homme qui avait foi en elle plus qu'elle ne l'aurait pu, celui pour qui et par qui elle avait de la consistance. Le vent se leva devant eux, sifflant à travers les piliers des maisons. Il ramenait de la côte l'odeur iodée de la mer ainsi que le bruit des vagues et les cris des enfants. Son souffle froid vint frôler leurs visages, glissa sous les étoffes légères faisant frissonner leur peau moite de sueur. Ils s'abandonnèrent à sa caresse, respirant l'haleine de la Terre, lui livrant les souffrances de leurs âmes pour qu'il les emportent au loin. Puis Hyoga rompit le silence. _ Qu'allez vous faire ? Il posait sa question à Saori mais s'adressait en fait à tous. Avaient-ils déjà songé à ce qu'il deviendrait une fois la paix obtenue ? Avant Hadès il s'était imaginé étudiant, puis professeur, il se voyait fonder une famille, avoir une vie normale. Aujourd'hui tout ça n'avait plus de sens. Ils se sentait, comme les autre d'ailleurs, inutile, impotent et terriblement désemparé. La vue du sanctuaire désert lui avait fait comprendre qu'il n'était rien s'il n'était plus chevalier, il ne savait rien faire d'autre et ne pouvait ou ne voulait rien faire d'autre. Saori ressentait à peu près la même chose. Elle n'avait plus rien à protéger, plus personne pour croire en elle, à quoi lui servait-il d'être encore une déesse ? _ M'occuper du sanctuaire je suppose. Répondit-elle pas bien convaincue, avant de rajouter : _ Et reprendre en main la compagnie Kido. _ Former de nouveaux chevaliers ? Demanda Ikki d'une voix monocorde, plus pour entretenir la conversation que par intérêt. _ Il n'y a plus de chevaliers pour les former ! Plus beaucoup qui en soit capable, mis à part Shina et Marine ! _ Il y a nous ! Reprit Hyoga. _ Vous ? Dit-elle un peu surprise. Elle ne s'était pas imaginée qu'ils resteraient ! Il était normal de penser qu'ils voudraient leur part de tranquillité après tous les sacrifices consentis. _ Vous avez vos vies mener. Je vous en ai assez privés ! _ Notre place est ici. Il n'y a plus assez d'espace pour nous dans le monde ! Shiryu lui fit un sourire auquel se joignirent les trois autres. _ Merci. Répondit-elle simplement. Au moins, elle n'affronterait pas l'avenir seule. |