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Shiryu Ma course m'avait mené sur les quais de la gare de la petite ville proche de mon habitation. Là les trains étaient rares et bien souvent à long courrier. Ils reliaient notre coin perdu à Beijing la capitale et à certaines villes mandchoues, mongoles ainsi que russes. Arrivé donc à cette gare je ne passais même pas devant le guichetier. J'allais directement au quai. Sur l'un des bancs d'attentes le plus éloignés du bureau de vente un paquet semblait être à l'abandon. Je ne saurai dire ce qui me poussa à m'y rendre mais je m'y dirigeais sans méfiance. C'était un sachet en plastic quelconque. Je l'ouvrais et trouvais à l'intérieur un manteau et mon billet de train. Je n'en vérifiais même pas la destination. Mon subconscient semblait tout diriger. Le train arriva peu après ma petite découverte. Je montais dans le second wagon et m'installait au vin-deuxième rang du côté de l'allée. A ma gauche ronflait une vielle dame édentée. La bouche ouverte, le dentier pendouillant, elle roucoulait comme une colombe malade. J'étais nerveux sans vraiment savoir pourquoi. Qu'est-ce qui m'avait poussé à quitter ma tranquille habitation, doux foyer que seule la présence de Shunrei égayait ? J'en avais pas la moindre idée mais il me semblait important de partir. Ma destination, je le découvris au départ lorsque la voix du conducteur brailla dans les hauts parleurs la ville de Kévoc en plein plateau sibérien, d'où le manteau je supposais. Qu'allait-il m'attendre là-bas ? cela ne me ressemblait pas de partir ainsi à l'aveuglette, mais l'impulsion dans mon cœur était plus forte que toute forme de logique. J'en avais pour environ seize heures de trajets. Je n'avais rien emmené pour me divertir et bien que le paysage fut beau je commençais, au bout de quelques heures, à sérieusement m'ennuyer. En plongeant les mains dans mes poches je tombais sur quelque chose de mou dont la texture me fit penser au cuir. Je tirais l'objet hors de mes poches. Il s'agissait d'une petite bourse comme on en voyait dans l'Amérique du dix-neuvième siècle. En l'ouvrant je découvris des pièces aussi bien chinoises que russes et quelques billets Il y avait là de quoi survivre un mois entier en ne se refusant aucun luxe. Je souriais à cet heureux hasard, bien que j'avais le sentiment que rien ne lui était dû. Las de regarder défiler pleines et champs, je me levais en direction du wagon restaurant. L'endroit se trouvait à quatre wagon du mien. Lorsque j'y pénétrais, une épaisse fumée m'agressa la rétine. Tous les drogués de nicotine du train semblait s'être donné rendez-vous ici-même. Il m'étais difficile de respirer dans cet épais brouillard toxique ainsi me dépêchais-je de faire mes achats. Dans un coin de la pièce se trouvait un petit kiosque à journaux. Je pris quelques magazines, des BD et même un livret de mots fléchés, histoire d'occuper les quelques dix heures qu'il me restais à tenir. Je me dirigeais ensuite vers le comptoir où je commandais un sandwich végétarien et un café. La jeune femme, sorte de croisement entre l'humain et le chimpanzé, me versa la noire décoction dans une tasse à la propreté douteuse et me la déposa sans un mot. Inutile, de gaspiller de la salive quand la note vous attendais près de la tasse. Non regardant à l'hygiène du lieu j'avalais le plus rapidement mon café. Il avait un goût encore plus mauvais que la pisse de chat que les américains nomment café mais il était fort et cela me remis d'aplomb. Un quart d'heure après avoir mis les pieds dans cet antre de l'enfer, et ma dose de nicotine avalée pour les dix prochaines années, je ramassais sandwich et journaux pour repartir. Au seuil de la porte, je croisais le regard d'un homme à l'allure étrange. Il portait un costume de militaire russe. Les galons sur sa poitrine indiquaient le grade de commandant. Mais quelques chose dans son aspect extérieur me dérangeait. Il avait un physique trop jeune ou frêle pour occuper un tel poste. Et, ses yeux couleur bleu vitreux m'inspiraient un sentiment de dégoût. L'homme buvais une bouteille de mauvais vingt pour se donner une attitude d'ivrogne mais quand il me dévisagea et que nos regards se croisèrent, je sus avec certitude qu'il était loin d'être saoul. Je ne savais franchement pas qui il était mais instinctivement je me tins dès lors sur mes gardes. Mon subconscient, qui m'avait mené jusqu'ici m'avertissait là d'un danger don j'ignorais la nature. Je fis mine d'ignorer sa présence et regagnais le plus naturellement ma place. Etrangement, sur le chemin du retour, je percevais un peu partout dans le train la présence d'auras plus au moins hostile. Un stress frissonnant envahit l'intégralité de mon être. Une oppression douloureuse empoignait mes tripes. Quand je regagnais mon siège, la vielle à côté de moi ne dormait plus. Son nez avait chaussé une vieille paire de lunettes et ses mains ridées s'activaient sur la réalisation d'un tricot qui promettait d'être franchement affreux. Je m'asseyais et tentais de lire un magasine mais le cliquetis entêtant de ses aiguilles me tapait sur les nerfs. Je me tournais vers elle pour lui demander de faire un peu moins de bruit mais ma phrase moura dans ma gorge. La femme bien qu'en tout point identique à ce qu'elle était avant avait un petit quelque choses de différent. Les bâtons de fer entre ses mains formaient une drôle de mélodie en s'entrechoquant. Elle leva son regard d'ébène sur moi et ses yeux durs me pétrifièrent en une seconde. Je voyais dans cette mare noire un pouvoir infiniment vieux et grand. J'en restais quia. Impossible de réfléchir j'étais subjugué par cette présence. Cet être extérieur que je sentais m'envahir de sa présence. Mon corps semblait devenir trop étroit comme l'immensité du néant en ces prunelles s'immisçait par chacun de mes pores. J'avais un sentiment de danger imminent. Je voulais fuir les griffes acérés qu'étaient ses yeux mais mes fesses restaient collées au siège où je me trouvais. En produisant un effort surhumain je parvins à détourner la tête d'elle. L'impression d'envoûtement s'évanouit de suite. Les idées assez claires, je me levais, laissant là mes achats, et me dirigeais d'une démarche, que je croyais naturelle, vers un autre wagon. Après avoir dépassé quelques rangées de sièges je devinais une présence qui me suivait. L'homme s'était levé peu après moi et allait dans la même direction que moi. Mon cœur s'était déjà emballé. Où étais-je, qui étaient ces gens et pourquoi m'inspiraient-ils une telle frayeur ? L'homme ne semblait pas vouloir me rattraper. J'évitais donc d'accélérer le pas, ce qui aurait trahit mes doutes. Calme je m'arrêtais devant la premiere toilette trouvée. La cabine était occupée. Au lieu de poursuivre, je m'adossais au mur et patientais pour que sorte l'occupant. Je voulais donner à mon poursuivant l'impression que j'étais un passager comme un autre. S'il pensait que je ne me préoccupais pas de lui peut-être abandonnerait-il sa poursuite. Il approchait de plus en plus. Je tournais la tête de l'autre côté pour ne pas lui montrer ma panique mais dans l'autre allée deux autres jeunes gens se dirigeait vers moi. J'étais coincé si l'idiot dans la cabine ne sortait pas vite. Gardant mon calme, je feins de les ignorer. Alors qu'ils étaient presque à mon niveau la porte s'ouvrit enfin, libérant une petite fille blonde. Dès qu'elle fut partit, je me précipitais dans la loge que je fermais à clef. Qu'allais je faire ? Je ne pouvais rester enfermé ici le restant du trajet. Par ailleurs, si ces gens en avaient vraiment après moi, certainement chercheraient-ils à défoncer la porte. Avant de décider comment agir, je collais une oreille contre la porte à l'écoute. Les trois personnes s'étaient enfin rejointes. Ils chuchotaient mais mon ouïe fine me permis d'entendre leur conversation. _ " Il est là ? C'est lui ? _ Pas de doute, il correspond à la description. " Quelle description ? J'étais maintenant certain d'être leur cible et goûtais très peu cette information. _ " Que fait-on ? Allons nous attendre qu'il sorte ? _ je pense qu'il se doute de quelque chose. C'est pas n'importe qui. Il faut le prendre par la force. " Chouette un combat en perspective, que demander de mieux ? Ne pouvait-on donc jamais me foutre la paix ? Et, que me voulaient-ils d'ailleurs ? L'optique de devoir me battre ne me plaisait pas du tout et de toute façon je n'avais pas mon armure avec moi. Bien que j'eus pu l'appeler, j'optais plutôt pour la ruse. Ces derniers temps, mes pouvoirs avaient évoluer. Je ne savais si c'était le fruit du hasard ou le résultat de mes longs entraînement mais j'avais développé un tout nouveau pouvoir. Il ne me choquait pas vraiment, en relation avec l'eau il collait totalement à ma constellation. Certain que la porte serait rapidement forcée, je m'en éloignais et me concentrais. Au début il m'avait été difficile de réussir du premier coup mais maintenant il me fallait une fraction de seconde pour arriver au résultat voulu. Je fermais les yeux et visualisait l'ensemble de mon être comme d'un œil extérieur. Je le voyais de venir transparent et d'une texture entre l'eau et la gélatine. Lentement il se liquéfiait et petit à petit je devenais flaque d'eau. Bientôt je n'était plus qu'un amas liquide à même le sol. Cet état ne m'empêchait pourtant pas de me déplacer. Je pouvais d'ailleurs accéder à des lieux qu'aucun humain n'aurait imaginé visité. Rampant, je remontais la vasque de l'évier et allait m'insérer à l'intérieur du robinet. Je me tenais tranquillement dans cette cavité sombre. La porte ne tarda pas à voler en éclats. Mes trois amis rentrèrent en trombe et restèrent stupéfaits. _ " Où est-il ? _ Il ne s'est tout de même pas volatilisé, la fenêtre est fermée de l'intérieur. " Je les vis tout retourner dans la pièce pas si grande que cela. Leur désarroi me fit rire. J'éprouvais un vaniteux sentiment de victoire. Mais j'attendais avec impatience leur départ. Je ne maîtrisais pas suffisamment ce nouveau pouvoir pour me maintenir à l'état liquide plus d'un quart d'heure. S'ils ne vidaient pas rapidement les lieux j'allais avoir le choix entre reprendre forme humaine dans ce tube d'un centimètre de diamètre, mon corps exploserait donc immédiatement, ou sortir de ma cachette et me livrer à eux. Chanceux que j'étais, ils partirent avant l'heure limite. Je m'échappais aussitôt de ce qui devenait une prison et repris ma forme originelle. Il me fallait maintenant trouver un moyen de fuir ou un lieu sûr où me cacher. Je jetais un coup d'œil rapide et discret à l'extérieur pour m'assurer que la voie était libre. Je me glissais hors de la cabine après avoir mis mon manteau, double face, à l'envers. J'avais caché mes longs cheveux dans mon pull et la tête baissée poursuivais mon chemin en quête d'une planque. A la fin du wagon que je venais de prendre un jeune homme se levant juste quand j'arrivais à son niveau. Je paniquais. L'homme se mit à mon côté et m'attrapa une manche. Je résistais à son étreinte et tentais de me dégager. Il me tira violemment à lui et chuchota dans mon oreille. _ " Je ne suis pas des leurs. Faites moi confiance. " Sa voix avait une quelque chose d'apaisant. Instinctivement je me remis à lui, réaction totalement inconsidérée, mais j'étais complètement perdu. Il me tira vers la fin du wagon et s'arrêta devant les étagères à valises. Je ne comprenais pas bien ce qu'il voulait. Je le vis surveiller les alentours. Personne de suspect à l'horizon et personne qui nous regardait. Il leva la main devant les valises, marmonna quelques mots incompréhensibles et les valises disparurent laissant place à une porte. Il actionna la poignée et m'engouffra dans le petit local. Il ferma la porte à clef et marmonna les mêmes mots. _ " Avec ça ils ne risquent pas de nous trouver. Vous avez eu chaud. Je ne sais pas comment vous avez fait mais s'ils vous avaient mis la main dessus s'en était fini de vous. Remarquez, j'étais là, je ne les aurais certainement pas laissé vous prendre. " Le jeune homme s'activait dans la pièce secrète. Il installa une table et des chaises et sortit de quoi manger tout en continuant son bavardage. Qui était-il et pour quelle raison me parlait-il d'une manière si familière. Je nageais dans une parfaite incompréhension. Quelques heures avaient suffi à transformer ma vie en un chaos absolu. Je le dévisageais avec des yeux de poisson mort. Quand je fus las de l'entendre s'auto parler je me décidais à ouvrir la bouche. _ " Excusez moi mais, qui êtes vous ? " Il s'arrêta net comme surpris puis partant d'un fou rire se grata le ventre. _ " Ah, oui ! excusez moi j'ai complètement oublié de me présenter. Je m'appelle Orthil, on m'a envoyé pour vous emmener à bon port. _ Moi ? Où et pourquoi ? _ Où je peux pas vous le dire mais pourquoi, disons que c'est pour rejoindre vos amis. _ Mes amis ? _ Ouais ! Comment vous les appelez déjà ? Ah oui, Ikki, Shun… _ Comment les connaissez-vous ? Qu'est-ce que tout cela… _ Ola, ola ! Calmez vous, les réponses viendront en temps voulu. Pour l'heure on a plus urgent à faire. _ Comment ça ? _ Ben faut bien trouver un moyen de partir discètos quand le train arrivera à quai. Avec toutes ces racailles d'enveloppe quelque chose me dit que ça ne va pas être simple. _ Enveloppes ? _ Ouai, je sais vous n'y comprenez rien pour le moment, mais quand nous arriverons, la boss vous expliquera tout. " Je compris qu'aucune explication ne me serait fourni même en insistant. Je devais prendre mon mal en patience et il était vrai que nous avions plus urgent à régler. Marwynn Nous étions maintenant certain que les princes et leurs trois généraux s'étaient réveillé de leur long sommeil. Les princes étaient passés à travers nos filets ainsi que deux des généraux. Seul le dernier pouvait encore être pris. C'était le seul dont nous connaissions l'identité depuis le début plus ou moins. Tout ce temps un de nos agent l'avait surveillé en attendant qu'il nous mène à Merneferr et son frère. Certes j'aurais pu le faire exécuter plus tôt mais mon alliée sur Terre m'en avait dissuadé. A mort ne réglait après tout aucune de mes problèmes. C'étaient les princes que je voulais ensevelis sous terre. Mon pouvoir ici n'était affirmé que depuis une dizaine d'années et bon nombre de mes sujets forcés n'attendaient que le retour de leur roi pour se révolter. Il était hors de question que tant d'années de dur labeur s'envolent en fumée à cause de ces troubles fête. Je siégeais maintenant dans l'ancien temple de Méréhétépré et je goûtais avec délice au luxe de la vie royale. Je devais bien reconnaître que les dankradais étaient parvenus à construire une ville somptueuse et agréable à vivre. Ils faisaient aussi de très bon esclaves même s'ils s'entêtaient à croire à un possible retournement de situation. C'était mal me connaître. Je préférerai encore éradiquer cette espèce, si évoluée et intelligente soit-elle plutôt que de perdre mon trône. Je m'installais confortablement dans sur ce fameux trône face à l'écran de communication. Je devais rentrer en communication avec Bellonie qui dirigeait sur Terre les opérations avec le chef de mon armée Triskell. L'écran grisailla un moment puis l'image nette de Bellonie m'apparut. C'était une belle femme pour une humaine. Je devais avouer que la morphologie des êtres ne me laissait vraiment pas insensible. Dommage que l'atmosphère de Sand leur fut mortelle, j'aurai bien demandé à Triskelle de m'en rapporter quelques spécimens. Je commençais sérieusement à me lasser de mon sérail spécial dankradaises. _ " Quelle nouvelle m'apportes-tu Bellonie ? _ Une bonne je l'espère. Nos hommes sont en passe de mettre la main sur Matthaeus. _ En passe ? Il n'est pas encore entre leur main ! _ Non mais il est pris au piège. Il ne peut s'échapper. _ Commencez l'interrogatoire dès qu'il sera entre vos mains. _ Inutile Marwinn. Cette vieille Hasala a bien fait les choses. Ils n'ont aucune connaissance de Sand ni de leur peuple. Les informations leurs seront apportées par le ou la dirigeante de leur clan. _ Toujours aucune information sur celui ou celle qui dirige ces chiens errants ? _ Aucune ! _ Alors à quoi peut-il nous servir si sa mémoire est aussi vierge que celle d'un nourrisson. _ Il sera notre taupe au sein des dankradais. Je souhaitent procéder à une manipulation mentale pour en faire l'un des nôtres. _ brillante idée. Encore faut-il y parvenir. La science dankradaise est morte avec le suicide des derniers mages captifs. _ J'ai pu tirer quelques informations au sein de la fondation Kido avant que mon prédécesseur ne détruise tous les dossiers. Nous sommes en mesure de créer des alternateurs mentaux. _ Intéressant ! Vous êtes rusée Bellonie. _ Merci.Nous l'enverront en cheval de Troie auprès des dankradais. _ Peut-être même exterminera t il son propre peuple pour nous ? _ J'anéantirai la nation Dankradaise mais les princes et leurs généraux seront pour moi, selon les termes de notre contrat Marwynn. _ Oui, oui, oui ! Tant que vous me garantissez qu'ils ne mettrons jamais un pied sur Sand Vous pouvez en faire ce que bon vous semble. D'ailleurs, pour quelle raison les voulez-vous à ce point ? _ Peu d'humains possèdent de tels pouvoirs. Avec eux à ma solde j'aurai bientôt sur Terre le même statut que vous sur Sand. _ Que d'ambition ma chère. Vous et moi sommes vraiment faits pour nous entendre. Dommage que nos deux mondes ne soient pas compatibles. _ Je ne tiens pas à ce qu'ils le soient Marwynn, je ne vous fais aucune confiance. _ Héhéhé ! Vous avez entièrement raison ma belle. " Sur ce je mis fin à notre conversation. J'étais impatient que toute cette affaire prenne fin. Leur survit pesait au dessus de moi comme une épée de Damoclès. |