Tome 1 : Chapitre 4


IKKI

J'avais parcouru la moitié de la planète à la recherche de renseignements sur les recherches effectués à la clinique Kido. Rencontrer les plus éminents biologistes était facile quand on a le pouvoir de manipuler les esprits. Dans chaque université où je m'étais rendu, chaque hôpital, etc je m'étais fait passer pour l'un des collègues de la personne que je souhaitais voir. Si mon frère avait la capacité de prendre l'apparence d'une autre personne moi, il me suffisait d'agire sur le cerveau des autres pour qu'ils voient ce que je voulais leur montrer. C'est ainsi que le docteur Normand m'avais pris pour Betsie sa secrétaire ; le professeur Irkirsh avait vu en moi Vladimir son assistant etc… Quoi qu'il en soit, j'avais énormément appris au cours de ce voyage. Mais, tous les scientifiques que j'avais jusque là rencontré ne semblait avoir aucune connaissance des expériences menés à Tokyo par ce docteur Ozonouvskaïa, pire, ils semblaient même pas connaître cette personne. Je savais que presque tous les grands généticiens se connaissaient au moins de nom, pour s'être rencontrés lors des nombreux colloques dont ils étaient si friands mais étrangement notre docteur semblait n'avoir jamais existé. Cependant, j'avais tout de même compris une chose, c'est que les expériences menées en secret par la fondation Kido était franchement en avance sur ce que pratiquait tous les autres pays, ce qui entre nous ne faisait qu'augmenter mon anxiété. Avant de rentrer il me restait à voir le docteur Himura Ujioka, généticien japonais qui pratiquait aux Etats Unis depuis une dizaine d'année. Il était professeur à l'université de Yale où d'ailleurs il avait un laboratoire personnel. Comme toujours, je pris le temps de me documenter sur ses habitudes, ses connaissances etc, avant de commencer mon travail d'approche. Il était d'un tempérament très secret et communiquait avec peu de monde. Pas d'assistants, il menait toutes ses expériences de lui même, pas de secrétaires, ni de laborantins pour l'aider. Cela me semblait franchement louche. Pourquoi cet homme avait-il si peur que l'on sache la nature de ses travaux ? Enfin, je sentais que m'approcher de lui ne serait pas une mince affaire. Mais cela ne signifiait nullement que j'avais décidé de renoncer. Puis, une idée lumineuse, comme toutes mes idées d'ailleurs, me vint à l'esprit. Et si, je me contentais de me rendre invisible à sa vue ? Il me suffisait de manipuler son cerveau de sorte que mon image, ni ma voix, ni rien de moi ne lui apparaisse. Ainsi, je pourrais me faufiler dans son bureau ou chez lui afin de me connecter avec ses pensées pour apprendre ce que je cherchais. Je décidais donc de mettre ce plan à exécution et de m'introduire par ce procédé dans son laboratoire personnel. Aujourd'hui, mardi, il donnais des cours toute la matinée et n'irait à son labo qu'après le déjeuner. Je me mêlais à ses élèves et pris une place dans l'immense amphithéâtre où se déroulait ses cours. J'avoue que je prêtais peu d'attention à son enseignement, essayant de là où je me trouvais de pénétrer ses pensées. Mais une chose me troublait, je n'arrivais pas à les lire comme je le souhaitait. D'habitude, le cerveau d'une personne était pour moi comme un livre : l'une des parties me servait de sommaire et en fonction de l'information souhaitée, j'allais lire le lobe qui m'intéressait. Mais avec lui, il m'était quasiment impossible d'établir une carte de toutes ses pensées, ses souvenirs, sa mémoire etc…. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J'avais accès à son esprit mais de façon totalement aléatoire. Mais, il faut dire qu'il y avait autour de moi un brouhaha monstrueux qui perturbait ma concentration. Incapable d'agire à ma guise, je décidais de me reposer un peu et de me détendre. Ce n'est qu'alors que je remarquais à quel point j'étais exténué. J'avais voyagé dans plusieurs pays en un temps record et avais peu eut le temps de dormir. Pas étonnant, qu'il me soit difficile de maîtriser correctement mes pouvoirs dans un état pareil. Deux heures plus tard, le remue-ménage des étudiants quittant leur siège autour de moi me tira de ma somnolence. Devant moi, l'estrade était vide, le professeur était déjà parti. Je me ruais à toute vitesse dehors pour tenter de le rattraper. Je le trouvais quelques instants plus tard à la cantine de l'université. Je me dirigeais vers le self service et payais mon repas sans le lâcher des yeux. Comme d'habitude, il expédia le repas en deux temps trois mouvements et quitta les lieux., je me mis à les suivre. Etrangement, il marcha moins vite que d'habitude et se promena, zigzagant dans les couloirs un long moment avant d'atteindre son labo. Je n'avais pas l'esprit tranquille, il ne réagissait pas comme les autres, il y avait quelque chose de malsain dans l'atmosphère et, instinctivement, je me mis sur mes gardes. Himura Ujioka entra dans son labo et sorti du matériel pour une expérience je suppose. Ma manipulation de son esprit fonctionnait parfaitement car il ne remarqua rien de mes fouilles dans ses tiroirs. Je le vis sortir une aiguille et une fiole d'un liquide bleuâtre, sans vraiment y prêter attention. Je tentais à nouveaux de fouiller son esprit mais même échec. Il m'étais impossible d'accéder à ses connaissances scientifiques, c'était comme si il avait dressé un mur de protection. Je commençais à stresser. Le mieux aurait été de partir, j'aurais dû me douter que quelque chose n'allait pas, mais, j'étais trop intrigué par ce personnage et sa formidable capacité à me résister que je décidais de persister. Il me restait encore une possibilité ; l'approcher et poser mes mains sur ses deux tempes afin d'aspirer un peu de sa force vitale et donc la totalité de tout son savoir. Prudemment, je me postais derrière lui et tendis mes mains pour les poser sur sa tête quand soudain, il pivota sur lui même et tenta de me frapper. J'eus à peine le temps d'attraper sa main et de l'immobiliser par un coup de poing dans le ventre. Un fois que je l'eus mis KO, je remarquais dans la main avec laquelle il avait tenté de me frapper une seringue pleine de ce fameux liquide bleu. Je ne savais pas ce qu'il y avait dedans mais en tous cas, je l'avais échappé belle. En tout cas, maintenant j'avais l'explication à mon incapacité de lire se pensées, il était capable de contrer mes manipulations mentales. Cela imposait une autre question, comment pouvait-il faire cela ? Et pourquoi m'avait-il laissé le suivre en feignant de ne pas me voir ? Enfin, la totalité de ces interrogations trouveraient réponses à son réveil. Ce fut long mais il revint enfin à lui. Je l'avais assis sur un chaise et me tenais debout devant lui. Quand il me vit, il fut d'abord surpris, puis inquiet, puis résigné. Il ne prononça pas un mot alors j'entamait la discussion :

_ Je peux savoir pourquoi vous avez tenté de me frapper ? dis-je d'une voix calme mais autoritaire.
_ C'est vous qui vous êtes introduit dans mon bureau, fouillez mes tiroirs et me suivez depuis des jours.
_ Et sachant tout cela vous n'avez rien fait ?
_ Que pouvais-je faire ? ce n'est pas comme si la police pouvait lutter contre vous.

Cette phrase me surpris totalement, que savait-il de moi, que voulait-il insinuer ?

_ Vous, vous me connaissez ?

Il leva vers moi des yeux pleins de tristesse.

_ J'étais là quand vous êtes nés. Vous tous. Je suis désolé pour tout, pour tout ce qu'on vous a fait. Cela fait des années maintenant que je ne peu plus dormir, ni oser me regarder dans une glace. Je suis désolé, véritablement désolé.

J'avais le souffle court, il savait, savait tout. Il avait été là, et pourrait tout me dire, tout me révéler. Je m'agenouillais devant lui et posant mes mains sur ses genoux et lui dis que nous lui pardonnions déjà. Il me fit un sourire puis, se raidit de tout son long avant de s'écrouler sur moi. Par réflexe, je l'attrapais avant qu'il n'atteigne le sol mais n'avais pas encore compris ce qui venait de ce passer. J'essayais de le relever mais il semblait ne plus avoir de force et je sentis quelque chose couler contre ma main qui soutenait sa nuque. Du sang, il y en avait partout sous lui. Je le retournais très légèrement et découvris juste en dessous de la nuque un petit trou, comme un impact de balle d'ou s'écoulait le sang. Je fis pression dessus avec mon pouce pour tenter de stopper l'hémorragie. Je devais le soigner mais comment.

_ Laissez, ma fin est venue.

Dit-il dans un souffle. Je le secouais violemment pour l'empêcher de sombrer.

_ Non, vous ne pouvez pas mourir, il ne faut pas, j'ai besoin de vous.

Dis-je désespéré.

Dans un ultime effort, il sortit quelque chose de sa poche et le remit dans ma main en la serrant fort. Il me regarda les yeux grands ouverts puis, avant de s'éteindre me dit :

_ Mirrr…. Allez…. Mirny .

Puis ses yeux se fermèrent définitivement.


SHUN

J'étais difficilement parvenu à joindre mon frère et lui narrait ce que Hyoga m'avais appris sur sa mère. Comme moi, il en fut grandement surpris mais, ne croyait pas qu'elle eut quelque chose à y voir. Cependant, sur mon insistance, il accepta que je me rende en Russie. Je sautais de joie et d'excitation, persuadé que je tenais le bon bout. Mais, rapidement, ma joie retomba car je réalisais soudain que je ne savais ni quoi ni où chercher. J'étais désemparé, la Sibérie étant une vaste contrée il me serait pas aisé de trouver le labo, d'autant qu'il me semblait improbable que ce fameux centre secret soit répertorié dans les sites touristiques russes. Je décidais donc de commencer par faire des fouilles sur la mère de Hyoga et pour cela retournais à notre appartement privé. Lorsque nous avions pris les documents nous concernant, dans les bureaux de la fondation Kido nous en avions trouvés quelques uns à son sujet. Il fallait à nouveau les consulter, peut-être y avaient-ils quelques détails qui nous auraient échappés. Malheureusement, je ne trouvais rien d'intéressant. Jamais son nom de famille n'était mentionné, ni son adresse et encore moins sa profession ou lieu de travail. Alors que je commençais à baisser les bras, une idée saugrenue me traversa l'esprit. Hyoga était le seul à avoir connu sa mère, à avoir vécu si longtemps avec elle. Pourquoi ? Qu'y avait-il de différent entre lui et nous ? Qu'avait de particulier cette femme pour avoir la chance d'élever son fils contrairement à nos mères ? La seule explication que je trouvais, était que celle-ci devait entretenir des relations particulières avec le vieux Kido. Après tout, n'était-elle pas morte en se rendant au Japon afin de voir le grand-père de Saori ? Peut-être l'avait-il épousée ! je ne perdais rien à chercher de ce côté. L'Etat russe étant centralisé à l'extrême, il me suffisait de voir si aucune madame Kido y était répertoriée. Je doutais de trouver quoi que ce soit de probant mais je devais tenter mas chance. Je réservais donc un billet pour la Russie et bouclais mes valises. A Hyoga qui s'étonna de mon départ je dis que je partais rejoindre mon frère au Kenya pour un safari. Heureusement que son travail constituait un frein car je savais qu'il aurait voulu me suivre et là, j'aurais eut un mal de chien à l'en dissuader. Pauvre Hyoga, il était directement concerné par cette affaire et ne se doutait de rien ! Ou bien ? Quoi qu'il en soit, si mes recherches là-bas s'avéraient concluantes, une discussion avec lui serait incontournable.
Alors que j'étais à l'aéroport de Tokyo, attendant d'embarquer dans mon avion, Ikki m'appela sur mon portable. Il était complètement bouleversé et, il y avait de quoi. En effet, le dernier généticien à qui il avait rendu visite, semblait avoir fait partie des médecins travaillant sous l'égide du docteur Ouzonouvskaia. Celui-ci insinua que nous avions un rapport direct avec les expériences menées à cette époque, mais de quel nature était cette relation ? Cependant, cette nouvelle n'était pas la cause de son émoi. Ce qui l'inquiétait, tout comme moi, était l'assassina de cet homme au moment même où il s'apprêtait à tout nous divulguer. Cela ne voulais dire qu'une chose : lui ou nous était surveillé. Une chose était certaine, puisqu'on l'avait supprimé, c'était que ceux désirant son silence, étaient maintenant au courant de nos investigations. Nous serions nous mis en danger en commençant cette quête ? C'était probable mais nous étions des chevaliers, il faudrait bien plus que ça pour parvenir à nous stopper. Enfin, de tout cela en sortait une bonne chose. Nous avions maintenant une nouvelle piste puisqu'il nous avait indiqué la ville de Mirny. Qu'y avait-il là-bas ? Et, surtout, où cela se trouvait-il ? Ikki m'annonça qu'il allait faire des recherches sur les ordinateurs du campus et me re-contacterait une fois la ville localisée. Pour ma part, je devais poursuivre ce que j'avais entrepris.
Quelques heures après notre entretient téléphonique j'atterrissais à l'aéroport de Moscou. Dans un russe, tout ce qu'il y a de plus mauvais, je demandais à l'hôtesse où se trouvait l'hôtel le plus proche et m'y rendais pour louer une chambre. Je payais en liquide une semaine d'avance. Ayant appris que nous étions certainement épiés, je préférais limiter les chances qu'on me retrouve. Utiliser ma carte de crédit ou mon chéquier aurait signalé à qui le veut le moindre de mes déplacements. Par ailleurs, n'avais-je pas le pouvoir de faire apparaître dans mes mains tous ce que je voulais ? Je savais qu'utiliser mes pouvoirs de la sorte était honteux, mais notre entreprise devenait de plus en plus onéreuse, et je ne souhaitais pas retirer de grosses sommes de mon compte. Saori qui y avait accès, aurait pu trouver cela louche.
Après m'être installé, je me rendis au centre touristique de Moscou pour prendre une carte de la ville. J'y appris où se trouvaient les principaux ministère ainsi que les archives nationales. Je commençais par me rendre à l'université de médecine afin de voir, dans leurs archives, tous les diplômés de ces quatre-vingt dernières années. Je supposais que notre docteur Ouzonouvskaia y devait avoir été formé. Mais pour cela, il me fallait trouver un moyen d'accéder aux archives. Demander directement, sans aucune autorisation officielle, éveillerait certainement les soupçons. Alors, je fis une chose qui me ressemblait fort peu. Après quelques jours à en observer les employés, je suivis une jeune femme célibataire qui vivait dans la banlieue éloignée de la capitale russe. Une fois chez elle, je m'introduisis dans sa chambre et attendais qu'elle se couche pour la plonger dans un état latent proche de l'hibernation. Le lendemain, je pris son apparence et allais à l'université, à l'heure à laquelle elle prenait son service. La jeune femme dont j'avais usurpé l'identité était magasinière, si on peut appeler ça comme ça. Son travail consistait à aller chercher les documents demandés et à les acheminer jusqu'à la salle de consultation. Ce n'était pas une fonction des plus attrayant mais elle avait l'avantage de donner accès à l'ensemble des archives de l'établissement. Après avoir convenablement pointé, je me munis d'un chariot et me dirigeais vers les sous sol, priant pour ne pas avoir à parler avec qui que ce soit, mon russe n'étant pas fabuleux. N'ayant pas encore reçu de commende, je débutais immédiatement mes fouilles, m'assurant bien sûr, que personne ne pouvait me voir. L'avantage quand on est chevalier et qu'on ce déplace à la vitesse de la lumière est qu'on peut tout faire à cette même vitesse. Je consultais en cinq minutes autant d'archives qu'un homme normal en une journée. En l'espace de la matinée, j'vais consulté les cartons concernant les trente premières années mais ne trouvais rien. En fin de journée, je repartais déçu de n'avoir rien trouvé, commençant à me dire que je faisais fausse route. Avant de retourner à mon hôtel, je fis un détour par la demeure de la jeune femme afin de la libérer. Dans ma chambre, je pris quelques instants pour réfléchir à la suite des évènements. Est-ce que cela valait la peine de poursuivre ? Je songeais qu'il valait peut-être mieux retourner au japon quand un appel de mon frère me redonna espoir. Il était parvenu à localiser la ville de Mirny, elle se situait en plein milieu du plateau sibérien. J'étais soulagé, la piste russe était la bonne, semblait-il. Ikki me fit savoir, qu'il me rejoindrait dans les trois jours, ce qui me laissait suffisamment de temps pour terminer mes recherches ici. Le lendemain et le sur-lendemain, je consultais les archives du ministère de la santé, de l'intérieur et autres mais repartais toujours bredouille. Enfin, le troisième jour arriva. J'avais rendez-vous avec mon frère dont l'avion atterrissait à seize heure. Mais avant, et sans trop y croire, je fis un tour aux archives de l'état civil. Là étaient consignés tous les actes de mariages, de naissances, de décès et autres papiers régissant la vie des habitants du pays. Et, c'est là que je fis une merveilleuse découverte. J'étais tombé sur deux actes très intéressants. L'un témoignait du mariage, il y avait plus de trente ans, de Vladimir Ozonouvskaia et de Natessia Kosmarovitch, médecin à l'hôpital de Moscou, résidant tous deux (à l'époque) au 128 de la rue de l'Empire. Cette mademoiselle Kosmarovitch devenait donc madame Ozonouvskaia et, comme elle était médecin, elle ne pouvait être que notre fameux généticienne tant recherchée. Le second document, était un visa accordé il y a quinze ans à cette même femme, qui l'autorisait à quitter le pays, pour le Japon. En lisant cela je ne pus m'empêcher de trépigner de joie. Enfin quelque chose de concret. Je m'apprêtais à recopier les informations sur une autre feuille quand je remarquais tout en bas deux tâches bleues foncées. Je regardais de plus près et BINGO !!! Des empruntes ! Mes globules rouges commencèrent à danser la rumba dans mes veines ! Après tant de jour de laborieuses et veines recherches, c'était le jackpot. Je pliais soigneusement le papier et le glissais dans la poche intérieure de ma veste.


IKKI

En sortant de l'avion, je fus littéralement agressé par un Shun dont l'excitation lui avait rendu des airs d'enfance. Très succinctement, mais assez clairement, il me narra les derniers évènements de la journée et ce qu'il avait découvert. Je n'eus même pas le temps de m'en étonner qu'il me tendit un billet d'avion et m'annonça que nous décollions dans moins de vingt minutes pour la Sibérie. Je voulus émettre quelques objections mais il me fit son numéro de charme avec les yeux de chiot abandonné auquel il m'était impossible de résister. J'acceptais donc, de toute façon je n'avais pas le choix. Je ne dis rien tant que nous étions dans l'avion, mais je me doutais qu'il ruminait quelque chose de louche. Une fois débarqués, je lui demandais le pourquoi de tant de précipitations. Il ne pris pas la peine de me répondre et alla louer un traîneau à neige. Je décidais de le laisser faire, tôt ou tard je saurais le fin mot de l'histoire. Et, entre nous, j'étais trop occupé à tenter de me réchauffer. Comment Hyoga avait pu vivre ici pendant des années dépassait mon niveau d'entendement. Au bout de quelques instants je remarquais que Shun s'orientait sans utiliser la carte, cela m'interpella.

_ Tu n'utilises pas la carte ?

Lui demandais-je surpris.

_ Non, je suis déjà venu ici donc je connais la route.
_ Comment-ça, t'es déjà venu ?
_ mais oui ! Rappelle toi, y'a deux ans je suis venus passez les vacances chez Hyoga et " avant " Camus.
_ Héééé ! Mais je croyais qu'on devait aller à Mirny ?
_ Oui mais je voulais vérifier quelque chose avant !
_ Quoi ?
_ Tu verras !

Je restais perplexe mais ne tardais pas à tout comprendre. Shun arrêta le traîneau dans ce qui devait avoir été un lac, aujourd'hui pris par les glaces. Je commençais à deviner ce qu'il avait derrière la tête.

_ Mince, je pensais pas que c'était aussi profond.
_ Shun, qu'est-ce que tu veux faire ?

Demandais-je pas du tout rassuré. Il me regarda alors de ses grands yeux " innocents " et expliqua avec tout le naturel du monde :

_ Remonter le corps de la mère de Hyoga pour prendre ses empruntes !

Il me fallut quelques secondes pour ingurgiter la nouvelle.

_ Mais t'es pas bien !

Hurlais-je tout d'un coup.

_ Non, non, non, non, non ! Il en est hors de question ! C'est comme si tu déterrais un mort.
_ Mais enfin niisan, On a pas le choix ! Pis on pourra toujours la remettre après.
_ Rhoooooo ! T'es dingue. Et comment tu comptes t'y prendre pour briser la glace ?

A nouveau les yeux de chiot, mauvais, très mauvais signe pour moi.

_ Tu peux la faire fondre.

Je détestais la facilité qu'il avait à me manipuler, mais comme d'habitude, je n'eus pas le cœur de refuser. Il me fallut deux bonnes heures pour en venir à bout. Maintenant que le lac était redevenu liquide Shun pouvait, à l'aide de ses chaînes, ramener le corps. Elles y arrivèrent assez rapidement mais la montée fut beaucoup plus lentes, Shun faisant attention à ne pas l'abîmer. Enfin, elle apparut à la surface et avec le plus de délicatesse possible, je l'attrapais et la fit glisser sur le rebord. Elle était splendide, pour une morte. Nous étions époustouflés. Pas un centimètre de peau ne c'était dégradé en tant de temps. Elle semblait si pur, si innocente, j'avais honte d'avoir profané sa tombe de glace. C'était insoutenable, il fallait qu'on se dépêche pour la remettre le plus rapidement possible en bas. Comme devinant mes pensées, Shun se mit immédiatement à la tâche. Il releva doucement l'une des mains et, avec la pointe de sa chaîne d'attaque, préleva des morceaux de peau sur le bout des doigts. Soudain, je le vis s'arrêter et observer longuement la main qu'il tenait.

_ Qu'est-ce……

Il ne put finir et releva la tête pour me dévisager l'air horrifié. Le voyant je commençais à paniquer.

_ Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
_ Je…Je.. ne suis pas sûr.
_ Sûr ? Sûr de quoi ? Shun !

Sans mot dire, il tira alors d'un coup sec la main qui s'arracha du bras.

_ Mais qu'est-ce qui te prends !

Hurlais au bord du dégoût. J'étais prêt à lui donner la raclée de sa vie quand il me la mis juste sous les yeux et je compris tout d'un coup. Au lieu d'être pleine de chair gelée, la main que je voyais était remplie de métal, de fils électriques, de ressorts. Pas de sang, pas de muscle, pas de veine. Je regardais le bras d'où elle avait été arrachée ! Pareil ! Il n'y avait rien d'humain dans ce faut cadavre. J'étais, comme Shun, abasourdi.

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Cette fiction est copyright Eberena Annie-Naïla.
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