Tome 1 : Chapitre 3


SHUN

Nous commençâmes par regarder les fichiers en relation avec ce fameux docteur dont nous ne savions toujours pas s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Il était question de comptes rendus scientifiques sur des traitements médicaux spécifiques, du moins, c'est ce que je pensais. Après la lecture de quelques-uns uns d'entre eux, nous en arrivâmes vite à d'autres conclusions. Les six premiers relevaient du domaine de la génétique. Et, bien que je n'y comprenne rien, tout comme Ikki d'ailleurs, on pouvait en saisir le sens général. L'ADN de plusieurs individus ou espèces, difficile à dire quand les cobayes sont nommés par des numéros, avaient été minutieusement décomposés selon des critères très précis. Par la suite, des testes avaient été effectués sur des gènes isolés aboutissant à un résultat positif ou négatif. Il nous était impossible de comprendre la suite des expériences, nos connaissances en génétique étant proches du zéro absolu. Beaucoup des fichiers retraçaient les étapes de telle ou telles expériences ; d'autres nous montraient que des tentatives de fusion avaient été faites sur certaines cellules. De façon générale, nous avions compris que ces gens tentaient de modifier la structure génétique d'une cellule en supprimant les gènes indésirables pour les remplacer par des gènes venant d'autres cobayes. J'avais, comme tout le monde, entendu parler de telles expériences donnant naissance à des organismes génétiquement modifiés, mais le plus souvent de nature végétale. Le mais trans-génique par exemple, que les Etats Unis d'Amérique tentaient d'imposer à de nombreux pays. Nous ne savions pas à quoi ces expériences étaient destinées mais Ikki et moi étions d'accord pour penser que cela n'avait aucun lien avec les besoins alimentaires. Les termes scientifiques ralentissaient notre progression dans la mesure où nous ne savions pas à quoi ils faisaient référence, pourtant, nous avions quand même une grossière idée de la finalité de toutes ces expériences. Pour tout bien comprendre et savoir si cela avait un quelconque rapport avec nous et notre enquête, nous devions obtenir des explications de la part d'un spécialiste. L'idéal aurait été de retrouver ce fameux docteur après tout, il ou elle semblait être à la tête de tout ça. Il devenait évident que nos recherches sur cette personne devaient être approfondies. Nous résolûmes de mettre de coté ces fichiers et de passer eux suivants. Ceux-ci faisaient toujours parties de ceux trouvés sous le numéro du docteur mais étaient d'une nature relativement différente. Ils ressemblaient plus à des suivis médicaux classiques. Quoi que, nous remarquâmes immédiatement, un point commun à tous. En effet, chacun de ces nouveaux documents faisait référence à la rapidité de guérison d'un organisme. Plusieurs d'entre eux étaient liés à la guérison de différentes fractures osseuses. Tel cobaye avait vu sa guérison accélérée par tel produit, tel autre, comportant tel gène, reconstituait son os en tant de temps etc.… Nous remarquions que telle ou telle modification génétique agissait sur la rapidité de guérison. Cependant, les modifications échouaient quand elles étaient opérées après naissance du cobaye. En un mot, il était impossible d'implanter de nouveaux gènes dans l'organisme d'un patient pour accélérer sa guérison car le système immunitaire chassait les intrus. Par contre tout cela fonctionnait quand le cobaye avait été modifié avant sa naissance c'est à dire à l'état embryonnaire. Nous étions Ikki et moi abasourdis. Il est vrai que nous avions le sentiment que derrière toutes ces formules scientifiques se cachaient un terrible secret nous touchant directement. Mais ce qui nous laissais quia étaient les exploits médicaux opérés par cette personne. Bien que tout cela semble transgresser les lois de la morale nous ne pouvions que l'admirer.

Nous étudions ces fichiers depuis presque trois heures et nous étions loin d'avoir terminé. Il nous restait encore celui intitulé projet alpha que j'avais découvert en faisant une recherche sur Hadès et en rentrant comme mot de passe l'inscription qu'il y avait sur mon pendentif. Pour ce dernier, nous avions le pressentiment que le lien avec moi était plus ou moins évident. Mais pour l'heure, nous étions exténués et j'avais vraiment besoin d'une pause. Mon frère se leva de sa chaise pour aller nous préparer un café. Il était silencieux et, alors qu'il branchait la cafetière, semblait perdu dans ses pensées. Le connaissant bien, je savais qu'une idée germait dans sa tête ; idée contre laquelle sa raison luttait par peur d'affronter la vérité. Comme toutes les fois où ses pensées et sa raison se livraient un combat acharné, mon frère se plongeait dans un profond mutisme. Seules preuves de son agitation intérieure, ses sourcils froncés et son front plissé. Dans ces cas là, le gris métal de ses yeux s'assombrissait et prenait une teinte bleu-marine. J'avais déjà remarqué, il y a longtemps, ce qui m'avait bien souvent aidé, à quel point ses yeux étaient le miroir de ses émotions. Après quelques minutes de sage patience, ma curiosité l'emporta et je tentais de lui tirer les vers du nez.

_ " Et si tu me disais à quoi tu penses si intensément ! "

Tiré de sa transe Ikki sursauta. Il me regarda hébété comme se demandant ce que je faisais là.

_ " Tu étais encore sur une autre planète ! " Dis-je avec malice.

Il me fit un sourire distrait avant de répondre.

_ " Juste une idée saugrenue ! "
_ " Dis toujours, on verra bien ! "
_ " Je… Je me demandais qui étaient ces cobayes ! "
_ " Ben on sait pas Ikki, ils sont tous appelés par des numéros. "
_ " Réfléchis un peu Shun ! Je ne connais que quelques personnes qui soient capables de se remettre de leurs blessures en un temps record. Nous ! Je veux dire les chevaliers. "
_ " Ouais mais ça c'est du à notre cosmos ! "
_ " Et si ça ne l'était pas ? "
_ " Ikkiiiiiiiiiiii…….. "
_ " Je suis sérieux Shun ! Tiens, reprends les dossiers médicaux de chacun d'entre nous. "
_ " Pourquoi ? "
_ " Je veux comparer nos dates d'hospitalisations avec celles des études menées par Ozonouvskaia. "

Je n'aimais pas du tout cette idée et au fond, j'espérais que cela ne colle pas. Si Ikki avait raison, cela engendrerait trop de remise en question. Tout ça me faisait peur, ça allait beaucoup trop loin. Tout ce que je voulais c'était savoir qui était ma mère et si elle était toujours en vie, pas apprendre que nous étions peut-être le fruit d'expériences scientifiques. Obéissant à la volonté d'Ikki, je croisais les dossiers de ce docteur avec les nôtres. Après une demi-heure de recherche je constatais avec soulagement que cela ne correspondait pas. Les recherches relatives au processus de guérison n'avaient pas été effectuées sur nous et franchement, je n'en étais pas mécontent alors qu'Ikki semblait relativement déçu.

_ " Passons au projet Alpha ! " Dit-il finalement.


IKKI

Au fur et à mesure que nous avancions, je me rendais compte qu'une certaine conspiration entourait la fondation Kido de mystère. Il aurait pu paraître étrange qu'une société privée prenne la décision de former des chevaliers pour sauver le monde. N'était-ce pas plutôt le rôle d'une Etat, peut-être même des nations unies ? Comment se faisait-il que devant un tel danger un seul homme ait trouvé la solution ? Beaucoup de questions me titillaient et ce que nous venions de découvrir était autant de morceaux d'un gigantesque puzzle d'où viendrait la réponse. Je commençais à croire que nous étions bien plus que de simples jeunes gens entraînés pour devenir chevaliers. Il y avait quelque chose de sombre à l'origine de toute cette aventure. Shun se refusait à croire que les recherches en génétiques, du docteur Ozonouvskaia, soient en relation avec nous mais le projet Alpha en était la preuve flagrante. Pour moi ce n'était pas par hasard qu'ils avaient choisi " your's ever " gravé sur le collier de mon petit frère comme mot de passe pour y accéder.

Après avoir pris une pause, nous commençâmes à l'étudier. Les premières pages étaient une sorte de fichier budgétaire faisant référence à l'utilisation de plusieurs millions de yen. Une grosse partie était allouée à la construction et l'équipement de pointe d'un laboratoire, dont la localisation était soigneusement tenue secrète. Il était désigné sous le nom de " zone 41 ". Les autres fichiers, constituaient une sorte de tableau de bord faisant état de l'avancement du projet sans pour autant en préciser la nature. Il y avait cependant un point qui revenait fréquemment, une sorte de comparaison avec un projet antérieur nommé " plan Arès ". Ce fut tout ce que nous pouvions en tirer et ça laissait beaucoup de questions en suspens. Où était ce centre de recherche ? Etait-il encore en fonction ? Qui en avait la charge ?D'où venait le matériel ? Et surtout, quelle était la nature de ces deux projets ? Le docteur Ozonouvskaia semblait avoir joué un rôle capital, il nous fallait absolument le retrouver. Mais, où chercher ? Nous savions que sa spécialité était la génétique, mais fouiller les archives de toutes les universités de médecines de la planète était infaisable. Je demandais alors à mon frère de faire une recherche sur Internet pour trouver les plus grands généticiens du globe. Dans l'immédiat, la priorité était aux explications sur toutes ces expériences. Leur montrer les fichiers nous faisait courir de trop grands risques, nous aurions pu éveiller des soupçons. Je décidais donc, d'utiliser mon pouvoir d'absorber l'énergie vitale des gens pour m'approprier leurs connaissances et ainsi tout expliquer par moi même. Shun se rebella aussitôt, m'expliquant que notre quête ne justifiait en rien la mort d'innocents etc. Je le rassurais en lui apprenant que j'avais appris à contrôler mon pouvoir de sorte qu'il m'était possible de m'arrêter avant la mort. Il en fut soulagé et finalement approuva ma décision. Dans la mesure où de nous deux, il était le plus doué en informatique je lui confiais le soin de faire les recherches sur la zone 41.


SHUN

Niisan avait pris le premier avion pour la France. Là bas se trouvait le docteur Normand, éminent généticien qui s'était fait connaître pour ses expériences sur le clonage d'animaux. Il avait une longue liste de spécialistes à visiter, se répartissant sur une dizaine de pays. En attendant, je devais poursuivre mes recherches sur la zone 41. je savais, ayant beaucoup parlé avec Saori, qu'elle conservait précieusement tous les effets personnels de son grand-père au manoir. Je décidais donc d'y retourner quelques jours pour y fouiller son bureau, dans l'espoir qu'elle ait tout laissé sur place. De toute façon, il me semblait peu probable qu'elle ai transféré les dossiers de Mistsumada Kido ailleurs car personne n'y entrait jamais, la porte étant toujours fermée à clé et, en apparence, aucun d'entre nous ne semblait avoir de raisons de vouloir y pénétrer.
Quand nous avions pris la décision de prendre un appartement en ville, il fallut donner une explication plausible à mes frères qui ne comprenait pas pourquoi nous voulions quitter le manoir familial. J'avais prétexté que mon école à Tokyo était trop éloignée pour que je rentre tous les soirs ; argument de peu de poids quand on se déplace à la vitesse de la lumière, mais c'était quand même passé.
Donc, ce samedi comme tous les week end, je retournais au manoir. Là, étaient Hyoga et Seiya, avachis sur le canapé à regarder les clips d'un groupe de hard rock inconnu au bataillon mais adoré par Seiya. Quand il me vit entrer hyoga m'accueillit avec un visible soulagement. Je crois que subir seul l'hyperactivité de pégase commençait à lui taper sur les nerfs. C'est avec joie qu'il m'accompagna à ma chambre et se jetait de tout son long sur mon lit pendant que je rangeais mes affaires. Il me raconta sa semaine, l'évolution de ses élèves, il était devenu depuis la fin de l'Hadès professeur de natation ce qui, somme toute, lui allait plutôt bien. A mon tour, je lui narrais ma semaine sans pour autant faire mention de mes recherches secrètes. Il fut étonné de ne pas voir Ikki et je dus inventer une raison à son absence. De toutes façons, nous étions trop habitués aux disparitions soudaines de mon frère pour qu'il se formalise outre mesure. Saori n'était toujours pas revenue de Grèce et Shiryu venait de partir pour la Chine ; le chevalier du cygne s'ennuyait donc à mourir. Je lui proposais alors une promenade à cheval dans l'immense parc du château. S'il y avait bien une chose qui me manquais la semaine, c'était la sensation de liberté quand, sur le dos de Sublime, mon pur sang, je dévalais les jardins et parc du domaine. Avec Saori, Hyoga et moi étions les seuls à aimer l'équitation. Nous faisions souvent des promenades à trois mais mon frère Russe et moi même aimions surtout faire un tour sur les dos de nos montures rien que tous les deux. Nous filions au galop jusqu'au bord de l'étang où nous nous arrêtions pour discuter des heures entières allongés dans les hautes herbes. Au printemps, de nombreuses espèces d'oiseaux venaient peupler les rives du petit lac et s'était un véritable bonheur de les voir et de les entendre chanter leur chants d'amour. Souvent, leurs parades aériennes nous laissaient quia et nous restions immobiles, le souffle court, paralysés par tant de beauté. Comme chaque fois, j'accrochais les rênes de Sublime sur une branche du grand chêne où niisans venait s'entraîner quand nous étions enfants et, ôtais mes chaussures pour aller patauger au bord du lac. Hyoga fit de même avec Mistral et vint me rejoindre. Il y avait sur la rive ouest du lac un petit renfoncement, légèrement en hauteur par rapport au niveau de l'eau. Il était assez profond pour s'y asseoir et l'herbe autour était si haute que nous étions cachés des regards indiscrets. Pour y aller nous devions contourner l'étang par la gauche là où l'eau ne montait pas plus haut que le mollet. A cheval, nous aurions pu prendre au autre chemin pour y arriver directement, mais nous aimions faire trempette avant de nous affaler sur notre banc naturel. Hyoga avançait mieux que moi sur le fond caillouteux et arrivait toujours le premier. Cela aussi était devenu une petite coutume. Chaque fois il m'attendait devant le renfoncement et me portait sur l'accotement. Il s'asseyait ensuite à mes côtés et nous restions silencieux à contempler les faibles remous du lac. Aujourd'hui pourtant, il semblait préoccupé et nerveux. Il avança plus vite que de coutume et s'installa directement sans m'attendre. Surpris, je me hissais moi-même sur l'herbe et le dévisageais interrogatif. Les yeux perdus dans le lointain, il semblait vouloir me dire quelque chose sans vraiment oser. Je passais alors un bras autour de sa taille et posais ma tête sur son épaule, respirant l'odeur sucrée de sa peau. Après quelques instants, il se décida enfin à parler.

_ " Tu sais ce que j'aime le plus ici ? "
_ " Non, quoi ? "
_ " L'eau ne gèle jamais ! "

Je compris aussitôt qu'il pensait à sa mère prisonnière de la glace Sibérienne. Etait-il possible qu'elle lui manqua toujours autant ? Je serrais donc mon étreinte comme pour lui faire deviner que je comprenais où ses pensées allaient. Il prit mon autre main et la caressa doucement pendant qu'il me racontait différentes chose que sa mère avait l'habitude de lui conter. Je l'écoutais patiemment, enviant ces souvenirs de famille que je n'avais pas la joie de posséder.
Il me raconta encore une fois les circonstances de sa mort et le terrible sentiment d'impuissance qu'il avait ressentit alors qu'il la voyait promise à une horrible fin. Mon cœur se serra et j'eus envie de lui dire ce que j'avais découvert. Lui apprendre que la mort de sa mère semblait avoir été prévue par les services de la fondation un an à l'avance. Mais c'eut été avouer l'ensemble de nos activités à Ikki et Moi. Je me mordis la langue pour ne rien dire même si j'avais la terrible sensation de ne pas lui être honnête. Il me parla longtemps des coutumes russes et des fêtes auxquelles ils allaient quand sa mère n'était pas de garde à l'hôpital. De garde à l'hôpital ? Mais… ? Cette phrase raisonna dans ma tête en de multiples échos. Etait-il possible que … ? Cela expliquerait beaucoup de choses. Tourmenté, mon esprit élaborait des centaines d'hypothèses que mon cœur se refusait à écouter.

_ " Comment ça de garde à l'hôpital ? " le coupais-je subitement dans un ton quelque peu stressé.

Hyoga me dévisageait comme surpris de mon agressivité soudaine. Je savais que je devais me calmer pour ne pas paraître suspect mais c'était une information trop importante et dans laquelle trop d'espoirs de réponse reposaient. Je tentais, difficilement d'afficher un air détendu et, je dus être convaincant car son regard s'adouci.

_ " Maman était médecin ! Je ne te l'avais jamais dit ? "

Décrire l'état dans lequel cette simple information me plongea, serait difficile. Ce qui était certain c'était que tout tournait autour de moi. Ma respiration devenait laborieuse à tel point que Hyoga pris peur et me força à rentrer. Une fois à la maison je lui fis savoir que je désirais me reposer et montais en toute hâte à ma chambre. Là je m'allongeais sous les couvertures et me mis à réfléchir. Et si la mère de Hyoga était le fameux docteur Ozonouvskaia ? Cela expliquerait pourquoi nous n'avons plus de trace de sa personne depuis plus de six ans. Mais alors, Hyoga serait-il au courant de tout ? Non, tout cela n'était qu'affabulation ! Ce ne devait être qu'une simple coïncidence. Mais dans le cas contraire ? O Shiva ! La zone 41 ! Oui, et si la zone 41 n'était pas au Japon mais en Russie, en Sibérie ? O grand Dieu, il me fallais contacter niisan de toute urgence.

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