Devant la Mort


_ Toi étranger qui foule sans honte ce sol sacré, qu'as-tu fait de toute ta vie ? Toi impie qui te présente aux portes de l'autre monde, qu'as-tu donné à l'humanité ? Toi âme errante parmi les morts, qu'as-tu fait de l'existence qui t'était donnée ? Parles misérable, et que tes mots coulent clairs comme l'eau de roche ; que ta parole illumine mon vieux regard afin que soit sauvée cette âme qui t'est chère ! Et, n'omets rien, ne caches rien car je sais et vois tout.

_ Moi, âme impure ose fouler ce sol sacré sans honte car je ne rougi pas de mes actes. Oui, j'ai voué ma vie à la destruction d'autrui. Oui, j'ai levé haut le glaive de la mort et pris la vie de centaines d'innocents et, il y a, il est vrai, aucune justification à cela. Je ne cacherai pas mes fautes, elles sont exposées sur les murs de ma demeure ; sinistres trophées de mes victoires sans gloire.

Je ne tairai pas mes tords, la cause que j'ai soutenue, je l'ai toujours sue mauvaise. J'ai fait un serment qui me liait doublement. D'une part, je m'étais soumis à l'autorité d'un homme dont l'imposture ne m'était pas inconnue, d'autre part, j'avais juré à l'humanité de la préserver du chaos. Or, mes deux suzerains ne se sont jamais mis d'accord. Il m'a fallut choisir. D'un côté des millions d'âmes si faibles et fragiles, de l'autre la magnificence du pouvoir, la liberté que seul le mal comprend totalement.

Je les connais, les gens comme vous, tapis au fond de leur bunker de morale. Vous auriez voulu que je me sacrifie au bonheur des hommes, que je renie mon maître, celui qui me jugea digne de porter cette armure. Vous auriez voulu que je me dresse en rempart de sa folle tyrannie et que vos fidèles dorment tranquilles. Vous souhaitiez une boite vide où jeter la souffrance qui leur était destinée. Mais, mes épaules n'étaient pas assez larges et mon cœur trop révolté pour même essayer.

Dans ce monde absurde, j'ai suivi les règles inécrites que vous vous évertuez à cacher. Je me suis dévêtu de toute fausse humanité, tout esprit social, pour n'écouter que la voix des sens, de l'instinct. J'ai atteint une vérité que l'homme s'obstine à oublier, la réalité de notre nature ; celle qui dit de prendre quand on désire, de détruire ce qui nous gêne, de commander aux faibles. J'ai été plus vrai que tous vos messies. Par mes actes, si destructeurs fussent-ils, j'ai éduqué ces fous que vous dites faits à votre image. Je leur ai arraché de force toute pusillanimité, ce non désir de vraiment s'assumer. Dans leur honte, leur refus de se découvrire pleinement, ils m'ont pointé du doigt, m'ont accusé d'être la main du malin, moi qui fut plus homme qu'ils ne le seront jamais.

Et, quand je me suis opposé aux cinq chevaliers venus défendre leur rêve de paix, c'est la crédulité humaine que j'ai farouchement combattu ; cette croyance enfantine que le paradis terrestre peut être établi pour peu qu'on parvienne à enrayer les forces du mal. Jamais ils n'ont compris que cet âge de félicité ne naîtrait que de la mort du derniers des hommes car, jamais ils n'ont vu le poison dans le cœur de chaque nouveau né. Moi, âme errante parmi les morts suis ici à ma place car, aucun d'eux ne valent mieux que moi.

Sans faux semblants, j'ai été l'homme dans sa plus totale vérité et fait ce dont tous rêves en secret. L'existence qui m'était donnée, je me la suis appropriée et l'ai menée selon mes propres lois. Je ne la regrette pas car ce serait me désavouer et, c'est ainsi que je viens à vous, les mains couvertes de sang, honnête dans mon ignominie, plus clair et transparent que l'eau de roche.

_ Tu ne m'as rien caché, et peut-être dis-tu vrai. Les portes de l'autre monde te sont grandes ouvertes car dans la mort, tous les squelettes ont la même couleur.

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Cette fiction est copyright Eberena Annie-Naïla.
Les personnages de Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada.